La société québécoise pourrait-elle devenir une nouvelle nation utopique ?

Une des questions qui doit être posée est celle-ci : Est-ce que la société québécoise pourra réellement solutionner les problèmes gigantesques auquel elle est confrontée en demeurant au sein d’une fédération canadienne qui est contraire à ses principes ?

Face à la corruption systémique et à la mondialisation libérale dirigée par des oligarques étrangers au Canada, quels moyens pourraient être utilisés pour renverser le mécanisme qui tend à réduire notre histoire, notre culture et nos traditions à néant ? Le Québec pourra-t-il s’épanouir en tant que nation en restant au sein de ce Canada multiculturaliste ?

Devons-nous devenir ce pays indépendant auquel toute nation aspire et a le droit d’obtenir ? Si oui, la société québécoise pourrait-elle devenir une nouvelle nation utopique ? une sorte de Nova Francia, à laquelle se rattachait ses ancêtres lors de leurs premières missions.

Permettons-nous donc de rêver un peu…
pour que ce rêve devienne enfin une réalité…

L’utopie (mot forgé par l’écrivain anglais Thomas More, du grec οὐ-τόπος « en aucun lieu ») est une représentation d’une réalité idéale et sans défaut. C’est un genre d’apologue qui se traduit, dans les écrits, par un régime politique idéal (qui gouvernerait parfaitement les hommes), une société parfaite (sans injustice par exemple, comme la Callipolis de Platon ou la découverte de l’Eldorado dans Candide) ou encore une communauté d’individus vivant heureux et en harmonie (l’abbaye de Thélème dans Gargantua de Rabelais en 1534), souvent écrites pour dénoncer les injustices et dérives de leurs temps.

Les utopistes situent généralement leurs écrits dans des lieux imaginaires pour éviter la censure politique ou religieuse : un pays lointain et mythique (Les Aventures de Télémaque, Livre 7, Fénelon, 1699), île inconnue par exemple (L’Île des esclaves, Marivaux, 1725).

Une utopie peut désigner également une réalité difficilement admissible : en ce sens, qualifier quelque chose d’utopique consiste à le disqualifier et à le considérer comme irrationnel. Cette polysémie, qui fait varier la définition du terme entre texte littéraire à vocation politique et rêve irréalisable, atteste de la lutte entre deux croyances, l’une en la possibilité de réfléchir sur le réel par la représentation fictionnelle, l’autre sur la dissociation radicale du rêve et de l’acte, de l’idéal et du réel.

« Un monde nouveau est déjà en friche intellectuelle, fondé sur l’éducation, la liberté de culte, la raison et la justice. Les « utopies chrétiennes-sociales » du XVIe siècle, à la suite de More, rêvent d’un monde idéal transposé sur le territoire américain. J’ai montré ailleurs comment les utopistes du XVIIème siècle fraient la voie au monde nouveau tout en présentant des modèles ouvertement autoritaires et dogmatiques. Au siècle précédent, Rabelais crée le système contre-utopique de Thélème ; il est le seul à proclamer « Fais ce que voudras » —devise antithétique à l’ordre moral des Séparatistes qui triomphera à partir de 1620. » — Lauric Guillaud

Origine du terme « utopie »

Le terme utopia est un néologisme grec forgé par Thomas More en 1516 pour désigner la société idéale qu’il décrit dans son œuvre Utopia. Il est traduit en français par « utopie ».

Ce terme est composé de la préposition négative grecque qui signifie approximativement, « sans lieu », « qui ne se trouve nulle part ». Dans l’en-tête de l’édition de Bâle de 1518 d’Utopia, Thomas More utilise, exceptionnellement, le terme d’Eutopia pour désigner le lieu imaginaire qu’il a conçu. Ce second néologisme ne repose plus sur la négation ou mais sur le préfixe eu, que l’on retrouve dans euphorie et qui signifie « bon ». Eutopie signifie donc « le lieu du Bon ».

Seul le premier de ces deux termes est passé à la postérité, mais ils n’en sont pas moins complémentaires pour décrire l’originalité de l’Utopia de More. En effet, cette œuvre est d’une part un récit de voyage et la description d’un lieu fictif (utopia) et d’autre part un projet d’établissement rationnel d’une société idéale (eutopia). Ces deux aspects du texte de Thomas More ont amené à qualifier d’utopie des œuvres très différentes.

L’utopie (utopia) est la description d’une société idéale. Elle procède d’une tradition que l’on fait remonter à La République de Platon. Plus spécifiquement l’utopie (utopia) est un genre littéraire s’apparentant au récit de voyage mais ayant pour cadre des sociétés imaginaires.

Ces deux définitions ne s’excluent pas : l’Utopie de Thomas More, La Cité du Soleil de Tommaso Campanella ou La Nouvelle Atlantide de Francis Bacon remplissent ces deux conditions et sont à la fois des récits et des descriptions de sociétés originales.

Cependant, dès le XVIIe siècle, de nombreux auteurs s’emparent de ce nouveau genre littéraire et en développeront l’aspect romanesque et satirique au détriment du projet politique. C’est ainsi que des œuvres telles que Les voyages de Gulliver (1721) de Jonathan Swift furent qualifiées en leur temps d’utopies.

Thomas More inventa le genre littéraire de l’utopie, il avait l’ambition d’élargir le champ du possible et non de l’impossible comme ce mot est synonyme aujourd’hui.

Dans son essai consacré aux premières utopies, celles d’avant les récits de More, de Tommaso Campanella ou de Cabet (Les Premières Utopies, rééditions ex nihilo, 2009, paru d’abord en 1938), Régis Messac donne une définition restrictive du terme Utopie : « Le mot d’Utopie, forgé par Thomas More, et de nom propre devenu générique, est d’usage courant pour désigner les œuvres littéraires qui, sous une forme fictive et narrative, nous offrent l’image d’un État idéal, où tous les maux et les torts de la société présente sont guéris et redressés. […] ce genre littéraire […] fut longtemps le principal véhicule des idées réformatrices, mais ces écrits se répètent beaucoup, on y retrouve cent fois les mêmes banalités, cent fois les mêmes lacunes ou les mêmes erreurs ».

Selon Régis Messac, les récits utopiques répondent à un besoin social. Il écrit : « Il est sans doute permis de dire, dans l’ensemble, que ce sont les périodes d’incertitude, d’inquiétude, voire de souffrance, qui sont surtout favorables à l’apparition de récits de ce genre. Lorsque beaucoup d’hommes, la majorité des hommes, peut-être, sont contraints de se replier sur eux-mêmes, ils cherchent dans leur imagination ce que la réalité leur refuse, et l’on voit fleurir les utopies ». Théodore Monod, de son côté, écrit :

« L’utopie n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé. »

Les précurseurs de l’utopie

Platon est le premier grand idéaliste de la pensée occidentale. On peut en effet rapprocher l’utopie (au sens moderne que prit ce mot) du concept d’idée de Platon. La pensée de Platon est exposée dans l’ouvrage classique La République, dont le titre même est un programme. Par République, Platon entend Politeia, c’est-à-dire État, Constitution. Platon voulut donc tracer les grandes lignes de ce que devait être une cité organisée de manière idéale par castes. C’est cette volonté de constituer une cité idéale, faisant de Platon le grand fondateur du concept d’idée, qui fut reprise ultérieurement par les utopistes du XIXe siècle (notamment Fourier, Saint-Simon et Étienne Cabet).

La République (en grec Περὶ πολιτείας / Perì politeías, « à propos de l’État » ou Πολιτεία / politeía, « la constitution ») est un dialogue de Platon portant principalement sur la justice dans l’individu et dans la Cité. Platon fait la critique de la démocratie dans sa dégénérescence en démagogie et en tyrannie à cause de l’attrait qu’exerce le prestige du pouvoir. Il s’agit de l’ouvrage le plus connu et le plus célèbre de Platon en raison, entre autres, du modèle de vie communautaire exposé et de la théorie des Formes que Platon y expose et défend.

Même si Platon a réfléchi aux questions économiques, sa pensée ne fut pas aussi aboutie sur ce thème que celle de l’école de son successeur, Aristote, auquel on attribue un ouvrage consacré à l’économie : Économiques.

Genèse du genre : L’Utopie de Thomas More (1516)

L’avocat et homme de lettres Thomas More s’inscrit, à l’instar de son ami Érasme, dans le cadre du mouvement humaniste qui redécouvre la littérature antique grecque et latine et s’en inspire. More connaissait les œuvres d’Aristote et de Platon et le projet de cité idéale qui occupe une partie de La République peut être considéré comme l’une des sources d’inspiration de l’Utopie.

Le texte de More, paru en 1516, emprunte en partie sa forme aux récits de voyage de Vasco de Gama ou de Magellan.

La découverte du Nouveau monde en 1492 a mis les Européens en contact avec d’autres peuples, et permet à More d’imaginer une civilisation originale située aux confins du monde connu. De manière plus générale, son projet de société s’inscrit dans le courant philosophique de la Renaissance.

Le premier livre de L’Utopie rapporte une conversation entre le narrateur et plusieurs autres personnages, dont Raphaël Hythlodée un navigateur qui a découvert l’île d’Utopie. La discussion porte principalement sur les injustices et les défauts de la société, injustices auxquelles Raphaël Hythlodée oppose les sages coutumes du pays dont il a fait la découverte. Le second livre rapporte la description par Hythlodée de l’Utopie. Cette description, assez détaillée, porte sur les lois, les coutumes, l’histoire, l’architecture et le fonctionnement économique de l’île.

La société utopienne est foncièrement égalitaire et ignore toute propriété privée. Elle décrit une société qu’on a souvent qualifiée de communiste, ou plus précisément d’« isonome », cherchant l’égalité parfaite de tous devant la loi. Elle repose en outre sur un ensemble de lois et sur une organisation très rationnelle et précise. Elle est présentée comme la plus aboutie des civilisations.

Cette œuvre s’entend avant tout comme une critique de la société anglaise (et européenne) du XVIe siècle. Les vertus de l’Utopie sont en quelque sorte des réponses aux injustices du monde réel : elles les soulignent par contraste (l’égalité de tous les citoyens utopiens met en lumière l’extrême misère, à cette époque, de nombre de paysans anglais sans terres) et montrent que les maux de l’Angleterre ne sont peut-être pas des fatalités puisque les Utopiens les ont résolus. L’Utopie, qui se présente comme une œuvre de fiction, affirme néanmoins que l’homme a la possibilité d’influer sur son destin et est donc porteuse du concept d’histoire.

More s’abstient pourtant de présenter son utopie comme un programme politique. Il considère la réalisation d’une telle société comme souhaitable mais affirme ne pas même l’espérer.

L’Abbaye de Thélème dans Gargantua de Rabelais (1534)

L’abbaye de Thélème est la première utopie de la littérature française, décrite par Rabelais du chapitre LII au chapitre LVIII (ou L à LVI dans l’édition de 1535) de Gargantua (première publication en 1534 ou 1535, édition définitive en 1542). À la fin de la guerre picrocholine, Gargantua remercie son ami, le frère Jean des Entommeures, de l’avoir aidé dans sa lutte contre Picrochole, en lui offrant de lui bâtir une abbaye. Le frère Jean refuse d’abord, « car comment pourrais-je, dit-il, gouverner autrui, qui moi-même gouverner ne saurais ? ». Puis il accepte, mais la règle du lieu sera l’inverse de ce que connaissent les abbayes de l’époque, dont les moines sont soumis à l’obéissance à une discipline et à une hiérarchie.

La devise de l’abbaye est : « Fais ce que voudras ». Le nom « Thélème » est d’ailleurs dérivé du grec θέλημα (« thélêma »), qui, dans le Nouveau Testament, désigne la volonté divine, laquelle se manifeste en l’homme sans que la raison de celui-ci n’intervienne. Dans le Songe de Poliphile, de Francesco Colonna, Thélémie (la volonté) est l’une des deux nymphes qui accompagnent Poliphile dans sa quête.

L’abbaye de Thélème évoque par son architecture un château de la Renaissance, tel Chambord, plutôt qu’un monastère médiéval. Rabelais décrit une vie collective fondée sur la volonté générale. Les résidents, femmes et hommes, y font ce qui leur semble vertueux (« Fais ce que voudras » ne signifie pas qu’ils font ce qu’ils veulent, mais ce que la volonté divine leur suggère) ; les exemples d’activité sont plutôt agréables : boire, lire, chanter, jouer de la musique. Personne ne contrarie personne, il n’y a pas d’abbé, ni de hiérarchie, les conflits sont inexistants ; cependant l’abbaye de Thélème accueille ceux « qui annoncent le saint Évangile » (Gargantua, chapitre 54). Rabelais présente ainsi son idéal évangélique. La description de l’abbaye de Thélème serait ainsi une réécriture de celle de la Jérusalem céleste qui apparaît dans l’Apocalypse de Jean.

En humaniste de son temps, Rabelais postule qu’une société sans contraintes ni conflits est possible dès lors qu’on laisse s’exprimer la nature foncièrement bonne de l’humain. Les résidents de Thélème ont par nature le sens de l’honneur et de la responsabilité : « parce que les gens libres, bien nés, bien éduqués, vivant en bonne société, ont naturellement un instinct, un aiguillon qu’ils appellent honneur qui les pousse toujours à agir vertueusement et les éloigne du vice » (Gargantua, chapitre 57).

Pour arriver à ce résultat, Rabelais souligne l’importance de l’éducation : les résidents de Thélème sont nourris de connaissances dans des domaines étendus, lisent, écrivent, parlent cinq ou six langues, savent jouer de différents instruments de musique, etc. Cependant cette éducation n’est rien sans la θέλημα, la volonté divine.

Quant à Frère Jean, il refuse de gouverner cette abbaye, car « comment, disait-il, pourrais-je gouverner autrui, alors que je ne saurais me gouverner moi-même ? » (Gargantua, chapitre 52) En effet l’idéal est de se gouverner soi-même, ce qui semble l’objectif des Thélémites.

Le système social décrit par Rabelais n’en est pas moins fragile, puisque, par définition, il tient au bon vouloir de ses membres. Rabelais insiste donc sur la composition de la population de l’abbaye, qui a fait l’objet d’une sélection : c’est une élite de femmes et d’hommes d’origine noble, d’excellente éducation, présentant des qualités sociales. Le texte suggère même qu’il faut être physiquement avenant pour faire partie de la sélection.

« Jamais ne furent vus chevaliers si preux, si galants, si habiles à pied et à cheval, plus verts, mieux remuant, maniant mieux toutes les armes. Jamais ne furent vues dames si élégantes, si jolies, moins acariâtres, plus doctes à la main, à l’aiguille, à tous les actes féminins honnêtes et libres, qu’étaient celles-là ».

Thélème rappelle donc l’importance de l’éducation pour l’évolution de l’homme et de la société. Une éducation ouverte et diversifiée, permettant l’affirmation de soi. Mais une telle éducation n’est pas accessible à tous, à l’époque où Rabelais écrit. Comme dans beaucoup d’utopies, la vie à Thélème est, de fait, réservée à une élite.

L’Abbaye de Thélème semble être la réécriture de plusieurs « utopies », notamment la Jérusalem céleste dans l’Apocalypse, celle du Songe de Poliphile de Francesco Colonna (1499) et l’Utopia de Thomas More. En effet Rabelais connaissait l’Utopia, publiée en 1516 à Louvain, en Belgique. Au début du chapitre II de son Pantagruel (1532), il désigne la mère de celui-ci, la femme de Gargantua, comme étant « Badebec, fille du roi des Amaurotes en Utopie ».

La Cité idéale, d’abord attribuée à Piero della Francesca puis à Luciano Laurana et maintenant à Francesco di Giorgio Martini ou Melozzo da Forlì.

Le pacte du Mayflower (1620)

En 1620, une poignée de réformés anglais, zélés et pieux (les Pilgrim fathers ou « Pères pèlerins »), en quête de la terre promise où ils projettent d’établir une communauté chrétienne « régénérée », s’embarque pour le Nouveau Monde à bord du Mayflower. L’utopie évangélique des pèlerins échouera mais leur épopée servira à construire le mythe fondateur de la nation américaine. « L’histoire de la colonie de Plymouth », rapportée par l’un des pèlerins, William Bradford, est traduite en français. Un texte éclairant pour comprendre l’Amérique d’aujourd’hui.

Les Puritains du Mayflower qui fuient l’Angleterre anglicane pour fonder une société nouvelle en Nouvelle-Angleterre se préoccupent moins d’urbanisme que de liberté religieuse, mais la fondation de Philadelphie en 1681 par le quaker William Penn renoue avec la tradition de la cité utopique dont l’architecture même reflète la société idéale qu’elle prétend fonder.

Le 21 novembre 1620, quelques jours avant de débarquer, l’ensemble des passagers, au nombre d’une centaine, signent un pacte à l’instigation de 35 d’entre eux, des protestants anglais très pieux qui ont fui les persécutions du roi Jacques 1er : les « Pilgrim Fathers » (Pères Pèlerins). Ce pacte connu comme le « Mayflower Compact » édicte les principes qui régiront le futur établissement en terre inconnue (en fait, le futur Massachusets). Il jette les bases d’une démocratie locale respectueuse des croyances de chacun.

Ce pacte fut considéré ultérieurement comme le texte fondateur de la démocratie américaine. Ce qu’il n’était en aucune façon, comme le démontre dans sa préface Lauric Henneton, spécialiste du puritanisme en Nouvelle-Angleterre. « On fit de ces pèlerins des héros et de martyrs de la liberté, explique l’historien, confondant un peu vite la liberté de conscience que les colons revendiquaient pour eux, certainement pas pour les autres, et la liberté politique, dont il n’est évidemment pas question en 1620 ».

Le récit de Bradford est accompagné, dans cette édition en français, d’un appareil critique qui permet de mettre l’épopée en perspective et d’établir des parallèles avec la mentalité puritaine de l’Amérique de Georges Bush, qui s’érige volontiers en donneuse de leçons tout en servant strictement ses intérêts.

La signature du pacte du Mayflower (Mayflower Compact, novembre 1621).

Incarnation intellectuelle et matérielle de l’utopie, la Cité idéale

La Cité idéale est une conception urbanistique visant à la perfection architecturale et humaine. Elle aspire à bâtir et à faire vivre en harmonie une organisation sociale singulière basée sur certains préceptes moraux et politiques.

Si de très nombreuses « cités idéales » ne sont restées qu’au stade de rêves dans l’esprit de leurs créateurs, certaines ont cependant été achevées dans les faits. Il s’agit cependant de réalisations « idéales » au sens où, contrairement à la cité spontanée, qui se développe peu à peu selon les besoins en fonction de décisions multiples, et donc de façon organique et parfois anarchique, la cité idéale est conceptuellement élaborée avant d’être matériellement construite, et sa fondation résulte d’une volonté intellectualisée et unifiée.

« Ainsi ces anciennes cités qui, n’ayant été au commencement que des bourgades, sont devenues par succession de temps de grandes villes, sont ordinairement si mal compassées, au prix de ces places régulières qu’un ingénieur trace à sa fantaisie dans une plaine. » — René Descartes

Les aspirations sociales et politiques de la pensée utopique ont du mal à se traduire dans les faits en Europe. Les réalisations concrètes sont des expériences isolées, souvent à l’initiative de quelque personnage suffisamment puissant ou fortuné pour mener à bien ces projets. Ces réalisations expriment un idéal de rationalisation de l’espace urbain épousant la fonction de la ville, mais aussi le respect de la « divine proportion », pour reprendre l’expression de Luca Pacioli. Le village de Corsignano, berceau du pape Pie II devient ainsi la ville de Pienza en 1459. Les travaux, qui devaient en faire une cité idéale, restent inachevés à la mort de l’architecte florentin Bernardo Rossellino et de leur principal instigateur. L’aménagement de la cité de Ferrare par l’architecte Biagio Rossetti à partir de 1492 s’inscrit dans cette recherche d’un idéal mariant esthétique et rationalité, mais l’Addizione Erculea, intersection de deux avenues flanquée de quatre palais, ne représente qu’une fraction du projet qui reste lui aussi inachevé.

En 1593, le surintendant de la ville de Venise fait construire Palmanova, caractérisée par sa forme originale d’étoile à neuf branches. La forteresse vise à la fois la perfection formelle et stratégique : les portes monumentales sont conçues par Vincenzo Scamozzi dans la tradition vitruvienne, mais le plan rayonnant permet aux soldats rassemblés sur la place d’armes au centre de se rendre rapidement à leurs différents postes sur les remparts en passant par des avenues larges et dégagées. Sabbioneta, réorganisée au XVIe siècle par le duc de Mantoue, est également une cité-forteresse idéale à échelle réduite. Citons encore les villes nouvelles de Charleville, construite sur l’ordre de Charles Ier de Mantoue sur un plan hippodamien et toute entière vouée au négoce, ou Richelieu (Indre-et-Loire), bâtie elle aussi sur un plan hippodamien à l’instigation du cardinal de Richelieu.

The Venus Project, la vision utopique de l’avenir

The Venus Project, Inc (Le Projet Venus) est une société à but lucratif américaine qui promeut la vision utopique de l’avenir de Jacque Fresco (1916-2017), un système où l’humanité vivrait en harmonie avec la nature grâce à la technologie et à une économie basée sur les ressources qui n’utiliserait pas de monnaie.

Ce serait une société critique où la pensée critique et la méthode scientifique sont promus comme méthodes de prise de décisions. Un site web et la diffusion de vidéos et d’une littérature dédiée visent à améliorer la société pour une « Économie basée sur les ressources » et par le design de villes durables, une efficacité énergétique, une gestion des ressources naturelles et une automatisation.

Le nom de l’organisation vient de Venus, une ville de l’État de Floride aux États-Unis, où se trouve un centre de recherche de 85 000 m2 près du Lac Okeechobee ; ce centre comprend dix bâtiments créés par Fresco et bâtis en partie par sa compagne Roxanne Meadows, lesquels donnent une présentation de l’architecture du projet. Plusieurs personnes travaillent dans le centre de The Venus Project dont Joel Holt.

Cette société fut créée par Jacque Fresco et Roxanne Meadows en 1994, et représente en 2013 la consécration de 75 années de recherches scientifiques. En 2003, ils ont aussi créé une association à but non lucratif, Future By Design, pour soutenir le projet. Le film Future by Design, sur la vie et le travail de Jacque Fresco, a été produit en 2006.

Les idées de Jacque Fresco, notamment celle d’une économie basée sur les ressources, ont fortement inspiré le réalisateur Peter Joseph qui les a développées dans ses films Zeitgeist: Addendum1 et Zeitgeist: Moving Forward. Ces idées formèrent le noyau du Mouvement Zeitgeist qui fut la branche de communication grand public en coopération avec The Venus Project de 2008 jusqu’en avril 2011, date de scission des deux entités.

Le 15 avril 2012, The Venus Project annonce la sortie de son nouveau documentaire gratuit, Paradise or Oblivion (Paradis ou Perdition), disponible sur son site internet et celui créé à cette occasion. La diffusion se fait principalement à travers la toile. Dans cet élan, elle annonce son partenariat avec l’association Civilisation 2.0.

Fonctionnement schématique d’une économie basée sur les ressources.

Une économie basée sur les ressources

Jacque Fresco est à l’origine de la notion d’une Économie Basée sur les Ressources. Il s’agit d’un système socio-économique holistique dans lequel tous les biens et services sont disponibles sans l’utilisation d’argent, de crédit, de troc ou toute autre forme de dette ou de servitude. L’ensemble des ressources de la planète est considéré comme étant le patrimoine commun de tous les peuples de la Terre, dépassant ainsi à terme le recours aux barrières artificielles qui séparent les peuples.

Il serait possible d’utiliser la technologie pour surmonter le manque de ressources. Parmi les méthodes utilisées figurent l’utilisation de sources d’énergie renouvelables, l’informatisation et l’automatisation de la fabrication et des inventaires, la conception de villes sures et efficaces sur le plan énergétique. Ces villes seraient équipées de systèmes avancés de transports tout en offrant des soins de santé universels et une éducation plus pertinente. Il s’agit d’appliquer la technologie intelligemment et efficacement, tout en conservant l’énergie, réduisant les déchets et en offrant davantage de temps pour les loisirs. Grâce à un inventaire automatisé à l’échelle mondiale, il serait possible de maintenir un équilibre entre la production et la distribution. Seuls les aliments nutritifs et sains seraient mis à disposition et l’obsolescence planifiée serait inutile et inexistante.

D’après Jacque Fresco, l’argent n’est important dans une société que lorsque certaines ressources vitales doivent être rationnées et que les gens acceptent l’argent comme un moyen d’échange pour ces ressources. L’argent est en fait une convention sociale, un accord. Il n’est pas une ressource naturelle et n’en représente aucune. L’argent n’est pas nécessaire à la survie, à moins que nous ayons été conditionnés à le considérer comme tel.

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