Sécurité publique — Rapport public de 2016 sur la menace terroriste pour le Canada

L’honorable Ralph Goodale

Le Canada est une nation fondamentalement sécuritaire et pacifique, mais nous ne sommes pas naïfs quant aux enjeux de sécurité qui s’imposent à l’attention du monde.

En tant que ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, il est de mon devoir de conscientiser les Canadiens sur les menaces à la sécurité nationale auxquelles notre pays est confronté, au Canada comme à l’étranger. Afin de contribuer à élaborer une conception commune, ce Rapport offre une évaluation du contexte de la menace en 2015 et début 2016, en s’appuyant sur les connaissances et l’expertise de tous les ministères et les organismes du gouvernement du Canada.

C’est une grave et triste réalité que des groupes terroristes, en particulier le soi-disant État islamique en Iraq et au Levant (EIIL), aient recours à la propagande extrémiste violente pour encourager des personnes à soutenir leur cause. Ce groupe n’est ni islamique, ni un État, et sera donc appelé Daesh (son acronyme arabe) dans le présent rapport.

Ce soutien peut comprendre la promotion d’une idéologie de la haine parmi les pairs, ce qui contribue à la radicalisation. Il peut comprendre des tentatives de voyage vers des zones de conflit, comme la Syrie, pour se joindre au groupe et recevoir un entraînement en tactiques meurtrières. Plus inquiétant encore, c’est le fait que ce soutien puisse donner lieu à une attaque par un individu envers ses concitoyens.

Les attentats qui ont eu lieu à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa en octobre 2014 ont douloureusement démontré que le Canada n’est pas à l’abri de la menace du terrorisme. Deux membres des Forces armées canadiennes ont perdu la vie. Deux autres ont été blessés lors d’une agression dans un centre de recrutement à Toronto en mars dernier. Bien que le Canada ait évité d’autres attentats directs, les évènements du 10 août 2016, à Strathroy, en Ontario, démontrent l’importance d’être constamment vigilant face aux menaces que posent les personnes qui se sont radicalisées jusqu’à la violence.

Ailleurs dans le monde, les événements en France, en Belgique, en Allemagne, aux États-Unis et dans d’autres pays nous rappellent malheureusement, et ce, de manière constante, les conséquences insensées et tragiques du terrorisme. En janvier dernier, plusieurs Canadiens ont été tués dans des attentats perpétrés au Burkina Faso et en Indonésie, et, plus récemment, deux Canadiens ont été assassinés par un groupe terroriste aux Philippines. Toutes les personnes civilisées condamnent vigoureusement ces attaques brutales contre des êtres humains innocents.

Notre niveau national de la menace terroriste, qui est expliqué dans le Rapport, sert d’outil que les représentants du gouvernement, y compris les organismes d’application de la loi, peuvent utiliser pour déterminer les interventions pouvant être nécessaires pour empêcher ou atténuer un acte de terrorisme violent au Canada.

Alors que nous répondons à la menace du terrorisme, nous devons également assurer la protection de nos droits et de nos libertés. L’établissement d’un comité de parlementaires ayant accès à de l’information classifiée jouera un rôle important dans le renforcement de la responsabilisation de tous nos organismes de sécurité nationale.

Nous nous efforcerons aussi de faire du Canada un chef de file mondial dans la lutte contre les influences insidieuses qui attirent les gens, particulièrement les jeunes, vers la radicalisation menant à la violence. Dans le cadre de cet effort, nous lançons un nouveau bureau national pour la sensibilisation et l’engagement des collectivités afin de réaliser des recherches, de mobiliser des ressources et de contribuer à la coordination de travaux à tous les niveaux pour déceler et prévenir les tragédies avant qu’elles n’arrivent.

De plus, pour la toute première fois, nous entamons des consultations ciblées auprès des Canadiens au sujet du cadre de sécurité nationale du pays, le tout de manière à atteindre simultanément deux objectifs essentiels. Nous devons protéger les Canadiens. De plus, nous devons préserver nos valeurs, nos droits et nos libertés, ainsi que le caractère inclusif, généreux et démocratique propre au Canada.

Ce Rapport fournit des renseignements généraux utiles sur les menaces qu’il faut confronter, et devrait contribuer à éclairer les vastes consultations sur la sécurité nationale quant à la meilleure façon d’y répondre. J’encourage tous les Canadiens à participer.

L’honorable Ralph Goodale
Ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile

La menace terroriste pour le Canada

Rapport public de 2016 sur la menace terroriste pour le Canada.

En octobre 2014, le Canada a subi deux attaques terroristes perpétrées par des auteurs isolés, motivés par des idéologies extrémistes et radicalisés jusqu’à la violence. Ces attaques, commises à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa, ont coûté la vie à deux membres des Forces armées canadiennes (FAC). Plus récemment, la GRC, en étroite collaboration avec ses partenaires nationaux et internationaux, est intervenue à Strathroy, en Ontario, pour perturber une menace terroriste imminente et assurer la sécurité publique. Ces incidents ont rappelé aux Canadiens que le Canada n’est pas à l’abri d’actes terroristes.

Le Canada demeure la cible de menaces directes proférées par des groupes tels que l’État islamique en Iraq et au Levant (EIIL) et al-Qaïda, ainsi que par des personnes qui s’inspirent des idéologies extrémistes violentes de ces groupes.

Les États-Unis et l’Europe de l’Ouest ont été victimes de multiples attaques en 2015.Notamment, aux États-Unis, des policiers à Boston (en juin 2015), des installations militaires à Chattanooga, au Tennessee (en juillet 2015) et une fête de bureau à San Bernardino, en Californie (en décembre 2015) ont été la cible d’attaques. En Europe, il y a eu, entre autres, les attaques dans les bureaux de la revue Charlie Hebdo et dans une épicerie à Paris (en janvier 2015), une attaque dans un train Amsterdam-Paris (en août 2015) et des attaques coordonnées dirigées par Daesh à plusieurs endroits publics à Paris (en novembre 2015).

En 2014 et 2015, l’Australie a également été la cible de trois attaques, y compris deux attaques ciblant des agents de maintien de l’ordre à Melbourne et à Sydney (septembre 2014 et octobre 2015) et une troisième ciblant des civils à Sydney (décembre 2014).

Malheureusement, des attaques terroristes continuent de se produire régulièrement. En juin 2016, 49 personnes ont été tuées et 53 autres ont été blessées lorsqu’un homme armé, qui pourrait avoir été inspiré par Daesh, a ouvert le feu dans une boîte de nuit à Orlando, en Floride. En juillet, 85 personnes sont décédées, et des centaines ont été blessées lorsqu’un homme a foncé dans une foule avec un camion à Nice. D’autres attaques ont également été menées en Europe de l’Ouest, par exemple à Bruxelles, en Belgique, et à Rouen, en France. En Turquie, au moins de juin 2016,  des kamikazes apparemment affiliés à Daesh, ont attaqué l’aéroport international d’Istanbul tuant 45 personnes et en blessant plus de 200 autres.

À l’échelle planétaire, seulement quelques pays subissent la majorité des attaques qui font des victimes, surtout là où il y a des conflits civils ou des groupes terroristes qui prennent part aux insurrections. La base de données mondiale sur le terrorisme de 2015 montre que les actes terroristes sont toujours hautement concentrés. Cinq pays – l’Iraq, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde et la Syrie – ont subi plus de 55 pour cent des attaques commises cette année-là et cinq pays – l’Iraq, le Nigeria, l’Afghanistan, le Pakistan et la Syrie – ont subi 74 pour cent des décès causés par le terrorisme.

Ce contexte mondial de la menace se répercute sur les citoyens et les intérêts canadiens. Les membres des FAC, les représentants du gouvernement ainsi que les citoyens vivent sous une menace constante dans certaines régions. En septembre 2015, deux Canadiens ont été enlevés aux Philippines. Ils ont été tués tous les deux par leurs ravisseurs au printemps de cette année. En janvier 2016, un groupe affilié à al-Qaïda installé au Mali a attaqué un hôtel au Burkina Faso, tuant six Canadiens. Le même mois, des attaquants liés à Daesh ont ciblé un café à Jakarta, en Indonésie, tuant un Canadien. En juin 2016, un ministre du gouvernement somalien ayant la citoyenneté canadienne, a été tué lors d’un attentat terroriste perpétré par al-Shabaab dans un hôtel à Mogadiscio en Somalie. Également en juin, 15 gardiens de sécurité népalais, qui assuraient la protection de l’ambassade du Canada en Afghanistan à Kabul, ont été tués lorsque des terroristes ont ciblé l’autobus qui les transportait au travail.

La menace principale

La principale menace terroriste pour le Canada demeure celle que représentent les extrémistes violents qui pourraient être motivés à mener une attaque. Les idéologies d’extrémistes violents auxquelles souscrivent les groupes terroristes comme Daesh et al-Qaïda continuent de captiver certaines personnes au Canada. Certains individus se livrent à des activités liées au terrorisme, comme la promotion de la violence en ligne, la radicalisation de pairs, le recrutement et la collecte de fonds. D’autres pourraient songer à se rendre à l’étranger pour se joindre à un groupe terroriste ou mener des attentats terroristes eux-mêmes.

  • Attaques terroristes « d’inspiration » et « dirigées » : Dans la lutte contre les menaces que représentent des groupes comme Daesh et al-Qaïda, il faut faire la distinction entre une attaque « d’inspiration » terroriste et une attaque « dirigée » afin de déterminer les interventions sur le plan opérationnel ainsi que les politiques appropriées et responsables.
  • Attaque d’inspiration terroriste : Attaque commise de son propre chef par un auteur unique ou par un petit groupe à l’appui d’un groupe terroriste ou d’une idéologie extrémiste sans directives, financement ou connaissances particulières fournis par le groupe terroriste d’inspiration.
  • Attaque dirigée : Une attaque planifiée et commise selon les instructions ou accompagnée de directives d’un groupe terroriste. Les directives peuvent inclurent une partie ou la totalité des détails sur la cible, le financement ou la méthode à utiliser.

Comme ce fut le cas des attaques de 2014 au Canada, une personne ou un petit groupe peut commettre un acte de violence d’inspiration terroriste au Canada avec peu ou pas d’avertissement. Des armes légères et des engins explosifs improvisés, de même que des moyens rudimentaires, peuvent être utilisés pour perpétrer une attaque. De telles attaques peuvent cibler des zones n’ayant que peu ou pas de sécurité, y compris des endroits publics achalandés et les transports en commun. Même les attaques terroristes à plus petite échelle peuvent engendrer d’importantes conséquences psychologiques et économiques.

Les attaques terroristes peuvent également être dirigées par une entité terroriste. Les attaques dirigées par Daesh de Paris en novembre 2015 et de Bruxelles en mars 2016 illustrent à quel point elles peuvent être mortelles, surtout dans les lieux publics sans surveillance où les foules se rassemblent.

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